Tuli Block

Bande de terre privée le long du Limpopo, le Tuli Block propose un safari à pied ou à cheval parmi les baobabs, les koppies de granit et 1 500 éléphants.

Le Tuli Block forme une bande de terre étroite, longue d'environ 350 kilomètres, coincée entre la rivière Limpopo au sud et la frontière avec le Zimbabwe à l'est. Cette configuration géographique singulière vient d'un découpage colonial : à la fin du XIXe siècle, Cecil Rhodes avait obtenu cette langue de territoire pour y faire passer la voie ferrée reliant Le Cap au Caire. Le projet n'a jamais abouti, et la terre est restée aux mains de fermiers privés. Aujourd'hui, ces concessions ont été regroupées en réserves de faune, dont la principale est la Northern Tuli Game Reserve, qui couvre environ 72 000 hectares autour de Pont Drift.

Le paysage n'a rien à voir avec celui du delta de l'Okavango ou des plaines de Chobe. Ici, le sol est rouge et caillouteux, parsemé de koppies, ces collines de granit empilé qui émergent de la brousse. Les baobabs dominent la végétation, certains atteignant huit mètres de diamètre, accompagnés de mopanes, d'acacias et de jujubiers. La rivière Limpopo, à sec une bonne partie de l'année, conserve quelques mares permanentes qui concentrent la faune en saison sèche. Le climat est plus chaud et plus sec que dans le nord du pays : les pluies tombent surtout entre décembre et mars, le reste de l'année reste poussiéreux.

La faune s'est adaptée à cette aridité. Le Tuli abrite l'une des plus fortes densités d'éléphants en terres privées d'Afrique australe, environ 1 500 individus selon les derniers comptages, souvent en grands troupeaux qui descendent boire au Limpopo. On y observe aussi des élands, plus grosse antilope d'Afrique, des oryx, des koudous, des léopards et des hyènes brunes, plus difficiles à voir que les hyènes tachetées. Les lions sont présents mais en faible densité. Les ornithologues y comptent plus de 350 espèces, dont l'aigle de Verreaux qui niche dans les falaises de grès.

Le Tuli est aussi un terrain pour les amateurs d'histoire ancienne. À une trentaine de kilomètres au sud, sur la rive sud-africaine du Limpopo, le site de Mapungubwe a été classé au patrimoine mondial de l'UNESCO : c'est là qu'a prospéré, entre le XIe et le XIIIe siècle, le premier royaume d'Afrique australe, antérieur au Grand Zimbabwe, avec une économie fondée sur le commerce de l'or et de l'ivoire vers la côte swahilie. Côté botswanais, on trouve des gravures rupestres san sur plusieurs sites, notamment autour de Solomon's Wall, une formation de dolérite noire qui traverse la rivière Motloutse.

La région est très peu peuplée. Les villages les plus proches, comme Bobonong ou Mathathane, vivent d'élevage extensif et de petites cultures. Le Tuli Block fonctionne essentiellement comme une économie de réserves privées : les lodges, peu nombreux, ont longtemps été tenus par des familles d'éleveurs qui ont reconverti leurs fermes en concessions de faune dans les années 1980 et 1990. Cette histoire récente explique le caractère intimiste de l'expérience : trois ou quatre lodges seulement opèrent dans la réserve principale, avec une capacité totale qui dépasse rarement 80 lits.

Pour notre équipe, le Tuli Block correspond à un type de safari très différent de ce qu'on propose dans le nord. Les concessions privées autorisent ce que les parcs nationaux interdisent : la marche en brousse avec un guide armé, les sorties nocturnes au phare, l'approche à cheval pour les cavaliers confirmés. C'est aussi une porte d'entrée pratique depuis Johannesburg, qui ouvre des possibilités de circuits combinés que les autres régions du Botswana, plus isolées, ne permettent pas.

À découvrir

Safari à pied dans la Northern Tuli. Marches de deux à trois heures au lever du jour avec un guide armé, pour pister les éléphants et lire les traces dans le sable rouge du Limpopo. Les concessions privées permettent une approche que les parcs nationaux du nord interdisent.

Les baobabs géants de Motloutse. Le long de la rivière Motloutse, plusieurs baobabs dépassent 1 000 ans et servent encore de points de repère aux éleveurs locaux. Certains sont creusés à la base par les éléphants qui en extraient les fibres en saison sèche.

Solomon's Wall et les gravures rupestres. Mur de dolérite noire de 30 mètres de haut qui barre la rivière Motloutse, vestige d'une intrusion volcanique érodée. Aux alentours, plusieurs panneaux de gravures san représentant girafes et antilopes.

Safari à cheval entre Limpopo et koppies. Le Tuli est l'une des rares régions d'Afrique australe où l'on peut approcher éléphants et élands à cheval, sur des montures habituées à la faune sauvage. Réservé aux cavaliers confirmés, en sorties d'une demi-journée à plusieurs jours.

Le site de Mapungubwe. À 30 kilomètres au sud, sur la rive sud-africaine, premier royaume d'Afrique australe (XIe-XIIIe siècles) classé à l'UNESCO. Le petit musée expose le rhinocéros en or de Mapungubwe, retrouvé dans une sépulture royale.

Quand y aller

La saison sèche, d'avril à octobre, reste la meilleure période pour le Tuli Block. Entre mai et août, les températures diurnes oscillent autour de 23 à 26°C, avec des nuits fraîches qui peuvent descendre à 5°C en juin et juillet : prévoyez polaire et bonnet pour les sorties matinales. La faune se concentre alors autour des points d'eau permanents du Limpopo, ce qui facilite les observations. Septembre et octobre sont les mois les plus chauds avant les pluies, avec des pointes à 38°C en après-midi, mais aussi les mois où la densité animale est la plus forte aux abords des rivières.

La saison des pluies, de novembre à mars, transforme le paysage : la brousse reverdit, les oiseaux migrateurs arrivent, les antilopes mettent bas. Les précipitations restent modérées, autour de 350 mm par an concentrés sur ces quatre mois, mais les averses orageuses de fin d'après-midi peuvent rendre les pistes en terre noire impraticables pendant quelques heures. Décembre et janvier sont chauds et humides, avec des températures qui dépassent souvent 35°C. Cette saison convient aux ornithologues et aux photographes qui cherchent une lumière plus contrastée, moins aux familles avec jeunes enfants.

Conseils pratiques

Comptez deux à quatre nuits sur place. En deçà, le trajet d'accès ne se justifie pas ; au-delà, la diversité d'activités atteint ses limites. L'entrée la plus pratique se fait par la route depuis Johannesburg, environ 530 kilomètres jusqu'au poste-frontière de Pont Drift, soit six à sept heures de conduite. À Pont Drift, on traverse le Limpopo à pied ou en téléphérique selon le niveau d'eau, et un véhicule de la concession vient chercher les voyageurs. Il existe aussi des transferts aériens en charter léger depuis Johannesburg ou Polokwane, qui réduisent le trajet à 90 minutes.

La combinaison la plus logique se fait avec le nord du Botswana en début ou en fin de circuit : le Tuli s'enchaîne difficilement par la route avec le Delta de l'Okavango, le Chobe ou Moremi, qui se trouvent à plus de 1 000 kilomètres. Notre équipe propose plutôt d'articuler le Tuli avec un séjour dans le Kalahari ou avec une extension au Kruger sud-africain, plus proches géographiquement. Le confort dans les lodges est élevé, avec quatre à huit tentes ou chambres seulement, des guides expérimentés et une vraie attention portée à la nature de l'expérience. La région convient aux voyageurs qui ont déjà fait un safari classique et cherchent autre chose : marcheurs, cavaliers, amateurs d'archéologie, photographes. Moins adaptée aux familles avec enfants de moins de 12 ans, l'âge minimum étant souvent imposé pour les activités à pied.

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