Linyanti et Savuti

Concessions privées entre Chobe et l'Okavango, accessibles uniquement par vol charter, où lycaons et éléphants se concentrent loin du tourisme de masse.

Au nord du Botswana, entre le parc national de Chobe à l'est et le delta de l'Okavango à l'ouest, s'étend une mosaïque de concessions privées que nous regroupons sous l'appellation Linyanti et Savuti. Ces terres, louées par l'État à des opérateurs sous contrats de longue durée, couvrent près de 250 000 hectares répartis entre la concession de Linyanti, celle de Selinda, la réserve de Kwando et le secteur de Savuti, intégré au parc national de Chobe. Notre équipe à Maun y envoie chaque année des voyageurs en quête d'une densité animale comparable à celle de Moremi, mais sans les véhicules qui se regroupent autour des grands fauves.

La géographie est lisible une fois sur place. Au nord, la rivière Linyanti dessine la frontière avec la Namibie et la bande de Caprivi, bordée de forêts riveraines à mopane et à acacia. Au centre, le chenal de Savuti relie, ou plutôt reliait, le marais de Linyanti à la dépression de Mababe. Ce cours d'eau a une histoire hydrologique singulière : asséché de 1982 à 2008, il s'est remis à couler sans crue exceptionnelle, simplement par un réajustement des failles tectoniques de la région. Aujourd'hui, il alterne phases de débit et phases sèches, ce qui modifie la répartition de la faune d'une saison à l'autre.

Les paysages de Savuti ressemblent à une savane ouverte ponctuée de collines basaltiques, les Gubatsa Hills, qui culminent à une centaine de mètres au-dessus de la plaine. On y trouve des peintures rupestres bushmen, modestes mais authentiques, attribuées aux ancêtres des San qui parcouraient cette zone avant l'établissement des frontières coloniales. Le marais de Savuti, lui, est un ancien lac aujourd'hui couvert de prairies, où les troupeaux de buffles peuvent dépasser les 500 têtes en saison sèche.

Linyanti, plus boisé, offre un autre visage. Les forêts de mopane y dominent, entrecoupées de lagunes permanentes alimentées par la rivière. C'est ici que se concentrent les plus fortes densités d'éléphants du continent en saison sèche, avec des estimations dépassant 15 000 individus sur la concession entre juillet et octobre. Les meutes de lycaons, espèce en danger comptant moins de 7 000 individus en Afrique, ont établi plusieurs tanières dans le secteur de Kwando et Selinda. Nos guides repèrent généralement leurs traces tôt le matin, sur les pistes sablonneuses, et nous suivons les meutes en chasse au lever et au coucher du soleil.

L'autre intérêt de cette région tient à son modèle économique. Les concessions étant fermées au tourisme indépendant, seuls les clients des camps présents sur place peuvent y circuler. Concrètement, cela signifie que sur une zone de la taille d'un département français, nous croisons rarement plus de deux ou trois autres véhicules sur une journée de safari. Les camps eux-mêmes sont volontairement de petite taille, six à douze tentes le plus souvent, avec un personnel formé à la guidance approfondie : marches accompagnées, sorties de nuit, observation depuis des affûts à proximité des points d'eau. Aucune route bitumée ne traverse la zone, et l'accès se fait uniquement par vol charter en Cessna depuis Maun, environ 45 minutes, ou depuis Kasane, 30 minutes.

Sur le plan humain, la région est largement inhabitée. Les villages les plus proches, Kachikau et Parakarungu, se trouvent au nord-est, en bordure du Chobe, et abritent des communautés Subiya et Yei dont l'économie repose sur la pêche, l'élevage et désormais l'emploi dans les lodges. Notre agence travaille avec plusieurs camps qui versent une part de leurs revenus aux trusts communautaires de ces villages, modèle que nous privilégions lors de la sélection des hébergements.

À découvrir

Chenal de Savuti et ses éléphants. Le long du chenal réactivé depuis 2008, les éléphants viennent boire en fin d'après-midi par groupes de 30 à 80 individus. La concentration culmine entre août et octobre, quand les points d'eau alternatifs s'assèchent.

Meutes de lycaons à Selinda. Les tanières actives entre juin et septembre permettent d'observer les chasses au lever du jour. Nos guides suivent quatre meutes identifiées par radio-collier sur la concession.

Peintures rupestres des Gubatsa Hills. Sur les affleurements basaltiques au cœur de Savuti, quelques panneaux de peintures bushmen représentent élans, élands et figures humaines. Visite à pied de 45 minutes accompagnée d'un guide.

Lagune de Linyanti en mokoro. Sur les bras permanents de la rivière, certains camps proposent des sorties en pirogue traditionnelle, alternative douce aux 4x4. Hippopotames, martins-pêcheurs et crocodiles s'observent à courte distance.

Marais de Savuti et ses lions. Les coalitions de mâles de Savuti, étudiées depuis les années 1990, chassent régulièrement les éléphants subadultes en fin de saison sèche, comportement rare documenté ici.

Quand y aller

La saison sèche, de mai à octobre, constitue la fenêtre la plus productive pour le safari dans cette région. À mesure que les pans temporaires s'évaporent, la faune se concentre sur les rivières Linyanti et Kwando et sur le chenal de Savuti. Les températures diurnes oscillent entre 22 et 28°C en juin-juillet, avec des nuits fraîches descendant à 5°C dans les tentes ouvertes. Septembre et octobre marquent la pointe d'observation animale mais aussi de chaleur, avec des maximales fréquentes à 38-40°C l'après-midi.

De novembre à avril, la saison des pluies transforme le paysage. Les précipitations restent modérées, environ 550 mm annuels concentrés sur ces cinq mois, mais elles dispersent la faune et rendent certaines pistes impraticables. Plusieurs camps de Linyanti ferment de janvier à mars. Cette période a néanmoins ses partisans : la végétation est verte, les oiseaux migrateurs présents, les troupeaux mettent bas en décembre, et les tarifs des lodges encore ouverts baissent de 30 à 40%. Nous la recommandons aux voyageurs déjà familiers du safari africain, qui acceptent des observations plus aléatoires.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de trois nuits dans la région, idéalement quatre, pour amortir le coût du vol charter, environ 350 USD par personne aller simple depuis Maun, et profiter pleinement de la guidance des camps. Une nuit unique a peu de sens compte tenu de la logistique. Linyanti et Savuti se combinent presque systématiquement avec le delta de l'Okavango, en amont du circuit, et avec Chobe ou les chutes Victoria, en aval. Une formule classique sur dix à douze jours associe Maun, trois nuits dans le delta, trois à Linyanti ou Savuti, puis transfert routier ou aérien vers Kasane et le Chobe.

Le niveau de confort dans ces concessions est élevé : tentes spacieuses sur plateforme, salle de bain privative, électricité solaire, cuisine soignée. Les camps les plus accessibles tournent autour de 800 USD par personne et par nuit en pension complète avec safaris inclus, les plus exclusifs dépassent 2 500 USD. Cette région convient aux contemplatifs, aux photographes et aux amateurs de safari expérimentés qui cherchent l'observation rapprochée de prédateurs et la tranquillité. Elle est moins adaptée aux familles avec jeunes enfants de moins de huit ans, plusieurs camps appliquant cette restriction d'âge, et aux budgets serrés, pour lesquels nous orientons plutôt vers Moremi ou Chobe en mobile camping.

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